Investor Relations : un métier transversal et pluridisciplinaire

La société Wiztopic a diffusé, en avril 2018, une étude portant sur la trajectoire des femmes et hommes qui animent la fonction d’Investors Relations au sein des sociétés cotées. Nous avons demandé à Olivier Psaume, président du Cliff depuis janvier 2018 et directeur des relations investisseurs de Sopra Steria depuis janvier 2015, d’en commenter les principaux résultats et de nous livrer son analyse sur certaines évolutions notables telles que l’essor du numérique et la montée en puissance de l’activisme actionnarial. 

Si la variété des missions de relations investisseurs requiert une multiplicité de savoir-faire, 35% des IR déclarent, en 2018, avoir étudié la finance contre 22% pour le commerce et 17% pour les sciences sociales. Au-delà de ces études, quel serait, selon vous, le parcours idéal pour piloter la communication financière d’une entreprise ?
Du fait de la complexité des marchés financiers, du profil diversifié des intervenants et des contraintes réglementaires, le métier d’IR est transversal et pluridisciplinaire, au carrefour de nombreuses compétences : finance, communication, juridique, stratégie d’entreprise, gouvernance, RSE, plus généralement compréhension d’un environnement mondial très mouvant. L’IR doit également avoir le sens de la synthèse, ainsi que de grandes qualités d’écoute et de relationnel.
Selon la culture, l’organisation, l’actionnariat, la taille ou les objectifs de l’entreprise en matière de communication financière, certains profils peuvent être privilégiés par rapport à d’autres : il est donc difficile d’établir un parcours « idéal ». Parmi nos membres, nous observons que l’expérience du métier est recherchée, puisque plus de 40% d’entre eux occupent au moins un second poste en communication financière (et un quart a réalisé tout son parcours uniquement dans la communication financière). Les fonctions de finance ou d’audit, dans l’entreprise, sur les marchés ou en cabinet sont les plus prisées (près de 40% des membres). Enfin, près d’un quart des IR ont été analystes financiers. Les parcours en communication ou marketing concernent seulement 10% des IR et les juristes sont rares.

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Face à la complexité croissance du métier et alors que se poursuivent les avancées vers le format ESEF (European Single Electronic Format) et l’essor des outils numériques – dont les réseaux sociaux -, comment le Cliff perçoit-il les évolutions de la communication financière ?
Certains outils numériques sont utilisés depuis longtemps en communication financière. Le cadre réglementaire très strict dans lequel la communication financière s’exerce impose le respect d’un certain nombre de règles pour l’utilisation des réseaux sociaux (règles d’ailleurs rappelées par l’AMF), qui ne peuvent être que des compléments aux outils de diffusion classiques. D’autres outils voient le jour pour faciliter la mise en relations avec les populations cibles et fluidifier les échanges ; mais le contact humain reste déterminant dans nos métiers pour instaurer et cultiver la relation de confiance de l’entreprise avec les investisseurs et, plus largement, l’ensemble de ses parties prenantes.
Le sujet du format ESEF, en l’occurrence le choix technique XBRL (eXtensible Business Reporting Language) qui a été fait, est spécifique : son objectif – louable – de faciliter la mise à disposition, le traitement et la comparabilité entre les entreprises ne doit pas occulter le fait que la communication financière n’est pas faite uniquement de chiffres, mais également d’une multitude d’informations qualitatives et propres à chaque entreprise qui ne peuvent être formatées de manière universelle. De plus, chaque entreprise peut également utiliser des indicateurs de performance qui lui sont propres. Le passage obligatoire dans ce format implique donc des adaptations importantes et coûteuses pour l’entreprise, pour une petite partie seulement de l’information qui doit être diffusée et donc un résultat final qui sera très en deçà des attentes.

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La montée en puissance de l’activisme actionnarial modifie-t-elle la façon d’exercer le métier d’IR ?
Incontestablement, les investisseurs activistes sont une catégorie d’investisseurs qui a pris de l’ampleur et qui nécessite une attention particulière, mais ils ne sont pas les seuls : d’autres catégories d’investisseurs ont émergé au cours de ces dernières années, comme les fonds passifs, par exemple. Le dialogue actionnarial est ainsi amené à évoluer et à s’enrichir de nouvelles cibles et de nouvelles thématiques, comme la dimension extra-financière et la gouvernance, permettant à l’entreprise d’expliquer plus précisément comment elle crée de la valeur. Mais il convient de ne pas perdre de vue les fondamentaux de la communication financière : une information exacte, précise et sincère, l’égalité de l’information entre les investisseurs, l’homogénéité et la cohérence d’ensemble et dans la durée de toutes les informations, le tout en assurant une bonne compréhension de la performance, du modèle et de la stratégie de l’entreprise : ce sont là les vrais défis de la communication financière dans un monde numérique où l’information circule de plus en plus rapidement.

Propos recueillis par Michèle Hénaff, rédactrice en chef de la revue Analyse financière